Amazonie, Sibérie… Comment les feux de forêt accélèrent le réchauffement climatique

En Amazonie, mais aussi en Sibérie, d’immenses incendies ravagent des dizaines de milliers de kilomètres carrés d’arbres. En brûlant, les plus grandes forêts du monde contribuent à court et moyen terme au changement climatique.

« Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20 % de notre oxygène, est en feu. » Emmanuel Macron s’est ému des gigantesques incendies qui ravagent la plus grande forêt tropicale jeudi 22 août, qualifiant la situation de « crise internationale ». Un avis partagé par le secrétaire général de l’ONU, qui a exprimé sa « profonde préoccupation ».

Depuis mi-août, le « poumon vert » de la planète est la proie des flammes. 2 500 départs de feu ont été recensés en quelques heures le 22 août. De l’autre côté du monde, en Sibérie, de gigantesques feux de forêt font rage depuis plusieurs semaines. Au-delà de la perte d’écosystèmes uniques, ces incendies ont un impact à court et moyen terme sur la production de CO2 et le réchauffement global de la planète tout entière.

Plus de CO2 émis que l’Autriche

Il est encore difficile de savoir combien d’hectares ont brûlé en Amazonie, mais les départs de feu sont en augmentation de 83% par rapport à l’an dernier, et un nuage de la taille du Mexique flotte au-dessus de la forêt. En Sibérie, ce sont 120 000 kilomètres carrés de bois qui ont brûlé en quelques mois.

En Asie comme en Amérique du Sud, les conséquences sont désastreuses pour le climat. « Les forêts tropicales […] stockent le carbone, quand elles brûlent, elles rejettent d’immenses quantités de CO2 dans l’atmosphère », explique le porte-parole et chargé de campagne climat et forêts chez Greenpeace, Clément Sénéchal, au micro d’Europe 1 jeudi matin. 100 ha de forêt amazonienne brûlés rejettent au minimum 15 000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère, ont calculé nos confrères du Parisien. Soit l’équivalent des émissions annuelles d’une ville moyenne.

Bien qu’elles contiennent moins de gaz à effet de serre, les forêts arctiques rejettent elles aussi du CO2 dans l’atmosphère en brûlant : l’ONG Greenpeace estime que les incendies en Sibérie ont émis plus de carbone en quelques mois que l’Autriche en une année entière.

Ces émissions de CO2 de chaque côté de l’Atlantique viennent s’ajouter aux 33 milliards de tonnes rejetées dans l’atmosphère par les activités humaines en 2018.

Les fumées accélèrent la fonte des glaces

En plus de contenir des substances toxiques potentiellement dangereuses pour la santé humaine, les fumées dégagées par les incendies en Sibérie ont aussi un impact sur le climat global : « la suie […] tombe sur la glace ou la neige, la faisant fondre ou l’assombrissant et réduisant ainsi la capacité de sa surface à réfléchir » la chaleur, avertissait ainsi l’Organisation météorologique mondiale (OMM) en juillet dernier.

Les cendres contribuent aussi à la fonte du permafrost arctique, libérant des gaz qui, eux-mêmes, renforcent le réchauffement climatique, selon l’expert de Greenpeace Russie, Grigori Kouxine. Et de pointer un cercle vicieux : « Plus les incendies influent sur le climat, plus les conditions sont favorables à de nouveaux incendies dangereux ».

À long terme, une capacité de stockage réduite

La forêt tropicale absorbe davantage de CO2 qu’elle n’en rejette : elle stocke 90 à 140 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, et absorbe 14 % des rejets dans l’atmosphère. Bien que moins efficace, la forêt sibérienne emmagasine aussi du carbone, ce qui contribue à réguler le réchauffement climatique dans le monde, selon le Fonds mondial pour la nature (WWF).

Les millions d’arbres partis en fumée ne pourront plus jouer leur rôle, amplifiant doublement le réchauffement climatique. Et la perte de surface boisée en Amazonie « affecte aussi l’évapotranspiration », à savoir la couche nuageuse qui modère le climat sud-américain et celui des océans selon Robert Muggah, directeur de recherche à l’institut Igarape.

Le « poumon vert » de la planète qui brûle, « ce n’est pas seulement mauvais pour le Brésil et les villes du Brésil qui sont touchées par la pollution et les pénuries d’eau, c’est un problème pour le monde » entier, conclut le chercheur.

Source : ouest-france.fr