Assassinés, emprisonnés, exilés… le triste sort des opposants dans la Russie de Poutine

La liste d’opposants à Vladimir Poutine inquiétés ou éliminés par les autorités s’allonge.

Depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir en décembre 1999, il faut un courage certain pour oser exprimer son désaccord publiquement avec le gouvernement.

Alors que l’économie russe s’est redressée depuis la chute de l’URSS, la situation des droits de l’homme, elle, ne cesse de se dégrader depuis une quinzaine d’années. Amnesty International estime que les restrictions imposées à la liberté d’expression, d’association et de réunion se sont encore aggravées depuis 2016.

Cette répression contre les dissidents se traduit par le harcèlement judiciaire, les emprisonnements arbitraires et l’exil, voire l’assassinat de personnalités. Dans la plupart des cas, les enquêtes de la justice russe ne permettent pas de désigner les réels commanditaires de ces meurtres. Petit retour en arrière.

Les opposants emprisonnés ou exilés

Alexeï Navalny

Assassinés, emprisonnés, exilés... le triste sort des opposants dans la Russie de Poutine

L’opposant numéro 1 au pouvoir de Vladimir Poutine a été arrêté en mars 2017 avec près d’un millier de manifestants qui défilaient contre la corruption. Le blogueur anticorruption, qui comptait défier Vladimir Poutine lors de l’élection présidentielle 2018, n’a pas pu se présenter en raison d’une condamnation pénale qu’il estime orchestrée par le Kremlin. «Ce verdict, c’est un télégramme du Kremlin», avait dénoncé l’opposant en février 2017.

Garry Kasparov 

Assassinés, emprisonnés, exilés... le triste sort des opposants dans la Russie de Poutine

Champion du monde d’échecs de 1985 à 2000, Garry Kasparov s’est engagé en politique en 2005 contre le pouvoir de Vladmir Poutine. Il a été arrêté à plusieurs reprises pour avoir participé à des manifestations. En 2008, il a cofondé le parti Solidarité, rassemblant les forces de droite. Se sachant menacé, il voyage entouré de cinq gardes du corps et ne prend jamais la compagnie nationale russe Aeroflot. En 2013, il choisit de s’exiler en Suisse, puis aux Etats-Unis, par craintes de poursuites judiciaires. «C’est le KGB qui gouverne. Poutine est un ancien responsable du KGB et nous sommes revenus au point de départ, comme si la chute du communisme n’avait jamais eu lieu», déclarait-il à Slate, en 2016, à l’occasion de la sortie d’un livre pamphlet contre le pouvoir russe actuel.

Sergueï Ouldatsov 

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Le jeune leader du Front de gauche a été condamné en 2014 à quatre ans et demi de prison dans un camp militaire, officiellement pour avoir «préparé un coup d’Etat». Le pouvoir lui reproche son rôle d’agitateur lors des manifestations de 2012, émaillées par des incidents avec la police. Amnesty International l’a qualifié de prisonnier politique. Ancien membre du Parti communiste, il prône aujourd’hui «un développement social-démocrate de la Russie».

Mikhaïl Khodorkovski

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Cet oligarque, ancien PDG du groupe pétrolier Ioukos et première fortune de la Russie au début des années 2000, a été emprisonné pendant 10 ans, de 2003 à 2013. Accusé de malversations financières, il était dans le viseur du président Poutine, qui se méfiait de ses ambitions politiques et de son influence sur le monde des affaires. Il a été gracié en décembre 2013 par le Président, en échange de la reconnaissance de ses fautes et de la promesse de ne pas s’impliquer dans la vie politique.

Les opposants assassinés

Boris Nemtsov

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27 février 2015 : Boris Nemstov, 55 ans, est tué de quatre balles dans le dos alors qu’il marchait à deux pas du Kremlin. Officiellement, ce meurtre est attribué à un commando de Tchétchènes. Ancien ministre de l’Energie et vice-Premier ministre de Boris Eltsine (1999), Boris Nemtsov était devenu une figure de la contestation anti-Poutine. Quelques jours avant sa mort, il avait appelé à une grande marche contre les opérations militaires russes en Ukraine. Mis sur écoute et menacé physiquement, il avait exprimé dans la presse sa crainte d’être assassiné.

Natalia Estemirova

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Journaliste et membre de l’ONG Memorial, elle a été enlevée à son domicile de Grozny, en Tchetchénie, en juillet 2009, alors qu’elle travaillait des cas de violation des droits de l’homme. Son corps a été retrouvé quelques heures plus tard, criblé de balles. Elle dénonçait les exactions du pouvoir local et avait travaillé avec les journalistes Anna Politkovskaïa et l’avocat Stanislas Markelov, également assassinés.

Stanislas Markelov et Anastasia Babourova

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Le 19 janvier 2009, en plein Moscou, un homme tue par balles Stanislas Markelov, 34 ans, et Anastasia Babourova, 25 ans. Le premier est avocat, spécialisé dans la défense des victimes d’exactions en Tchetchénie. Anastasia Babourova est une jeune journaliste ukrainienne travaillant pour «Novaïa Gazeta». Elle est la quatrième journaliste de ce titre tuée depuis 2000.

Alexandre Litvinenko

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Ancien agent des services britanniques, cet opposant à Vladimir Poutine est mort le 23 novembre 2006, à Londres. Il avait 43 ans. Trois semaines avant son décès, il avait été invité à boire un thé par des hommes d’affaires et d’anciens agents du KGB. Le breuvage contenait une substance hautement radioactive, le polonium 10. Sa mort, qualifiée de meurtre par Scotland Yard, a semble-t-il, été «approuvée» par le Kremlin, a déclaré le juge Robert Owen en 2016. Exilé à Londres dès l’an 2000, Litvinenko était lié à l’oligarque Boris Berezovski, retrouvé mort chez lui en 2013 (lire-ci dessous).

Anna Politkovskaïa

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Le 7 octobre 2006, cette journaliste à la double nationalité russe et américaine est tuée par balles dans le hall de son immeuble de Moscou. Elle avait 48 ans et était mère de deux enfants. Ses enquêtes, publiées sur le journal en ligne «Novaïa Gazeta», dénonçaient les atteintes aux droits de l’homme en Tchetchénie et la corruption en Russie. Elle avait reçu de nombreux prix internationaux. Un ancien militaire, Dmitri Pavlioutchenkov, a été condamné en 2012 à 11 ans de prison pour avoir organisé ce meurtre, mais le commanditaire reste inconnu.

Sergueï Iouchenkov

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Député et président du parti «Russie libérale», cet ex-allié de l’oligarque Boris Berezovski est abattu le 17 avril 2003 à l’entrée de son immeuble à Moscou. A l’époque, il enquêtait sur la prise d’otages au théâtre de Moscou, perpétrée en octobre 2002. Il avait 53 ans.

Les opposants morts dans des conditions suspectes

Boris Berezovski

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L’ex-oligarque réfugié en Grande-Bretagne a été retrouvé mort en mars 2013 dans sa luxueuse propriété d’Ascot (sud-ouest de Londres). Il gisait dans sa salle de bains avec un morceau de tissu autour du cou. Il était âgé de 67 ans. Les enquêteurs estiment qu’il est probablement mort par pendaison. Ancien intime de Boris Eltsine devenu milliardaire, il était en lien avec le crime organisé et les oligarques. Proche de Poutine lors de son arrivée au pouvoir en 2000, il était ensuite tombé en disgrâce et était érigé en symbole des «pilleurs de la Russie» post-soviétique.

Sergueï Magnitski

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Ce jeune avocat fiscaliste a été arrêté après avoir été mouillé, selon la justice russe, dans une affaire de fraude fiscale. Proche de Vladimir Poutine pendant une dizaine d’années, il avait dénoncé les abus et la corruption de l’entourage du Président. Magnitski est mort dans une prison de Moscou, en novembre 2009, faute de traitement médical pour sa maladie du pancréas. Il avait 37 ans. Son décès a déclenché une crise diplomatique entre la Russie et les Etats-Unis, qui avaient pris des sanctions contre 11 personnes russes «responsables de graves violations des droits de l’homme».

Source : Le Parisien

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