De Mitterrand à Hollande, le nombre de fonctionnaires a augmenté de 40%

Dans le cadre de la réforme de la fonction publique, présentée ce mercredi à l’Assemblée nationale, l’exécutif s’engage à réduire de 120.000 les effectifs. Depuis 40 ans, le nombre de fonctionnaires n’a cessé d’augmenter.

Les fonctionnaires représentent 20% de l’emploi total en France. Selon les derniers chiffres de l’Insee publiés en décembre 2018, hors contrats aidés, le pays en comptait très précisément 5 millions et 525.700, avec une moyenne d’âge de 43,4 ans en 2016. C’est environ 40% de plus qu’en 1981, alors que sur la même période, la population française grimpait de 18%. Ce chiffre comprend la fonction publique d’État (FPE; administration centrale, ministères, enseignement…), territoriale (FPT; communes, départements, régions) et hospitalière (FPH; personnel administratif, services médiaux, AP-HP…). En 2015, le salaire moyen dans la fonction publique s’établissait à 2250 euros.

Dans son programme de campagne, Emmanuel Macron s’est engagé à réduire les effectifs de 120.000 d’ici 2022 et le gouvernement a depuis renouvelé cet engagement. Ce mercredi, la réforme de la fonction publique doit être présentée aux députés et devrait entériner cette volonté. Sur le sujet, qu’ont fait les précédents gouvernements? Le Figaro est remonté jusqu’en 1981, date d’arrivée au pouvoir de François Mitterrand.

● François Mitterrand: 500.000 fonctionnaires en plus

Entre 1981 et 1995, les effectifs de la fonction publique ont augmenté d’un demi-million, de 3.950.000 à 4.450.000. On passe alors de 72 fonctionnaires pour 1000 habitants à environ 77 pour 1000, avec une population en augmentation de plus de 3,5 millions d’habitants sur cette période. Ce chiffre témoigne de la relation «ambiguë» qu’entretenait François Mitterrand avec l’administration, affirme sur un blog Jean Glavany, ancien chef de cabinet du Président. Selon lui, ce dernier a voulu «marquer l’histoire de la fonction publique» malgré «l’intérêt relatif» qu’il «accordait aux fonctionnaires». L’ancien président s’était engagé à l’époque à réformer la fonction publique: au second semestre 1981, 37.700 postes étaient déjà créés, les remboursements des soins consécutifs aux accidents de service améliorés et le temps de travail hebdomadaire réduit de deux heures.

Puis, sous l’impulsion du ministre de la fonction publique Anicet Le Pors, naît la fonction publique à trois versants que l’on connaît aujourd’hui. Il s’agit là de «réformes au cadre très solide qui justifient leur longévité», assure aujourd’hui l’ancien ministre au Figaro, devenu conseiller d’État honoraire. Pourtant, elles ont parfois été faites sans grande concertation avec le locataire de l’Élysée. «À mon sens, ce n’est pas ce que nous avons fait de mieux. (…) Il est vrai que j’ai présidé moi-même à l’élaboration de ces lois. Peut-être n’ai-je pas été suffisamment informé. (…) Je ne suis pas sûr, en définitive, que ces lois aient longue vie», affirmait François Mitterrand lors du conseil des ministres du 29 mai 1985 (paroles rapportées dans La fonction publique du XXIe siècle par Anicet Le Pors et Gérard Aschieri¹). Ce conseil des ministres actait l’intégration de la fonction publique hospitalière, dernier volet de l’ensemble. Malgré tout, ces lois, souvent modifiées certes, durent depuis plus de trente ans.

Lorsque Jacques Chirac arrive au pouvoir, en 1995, la France compte 4,45 millions de fonctionnaires, soit environ 77 fonctionnaires pour 1000 habitants. C’est un chiffre en faible mais constante augmentation depuis 15 ans. «Ce n’est qu’à la suite des 35h (réforme adoptée sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, NDLR) qu’il y a une forte croissance des effectifs dans la fonction publique», explique François Ecalle, président de l’association Fipeco et ancien membre du Haut Conseil des finances publiques. «C’est une période où peu d’économies sur les dépenses ont été réalisées et où, surtout, l’emploi a augmenté», analyse-t-il. Ainsi, les trois versants de la fonction voient leurs effectifs augmenter. Le retour de la droite au gouvernement en 2002 n’a pas changé grand-chose, le rythme sera le même jusqu’à la fin du second mandat de Jacques Chirac. À l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir en 2007, on compte 5,26 millions d’employés dans la fonction publique (81 pour 1000 habitants) soit 800.000 de plus en 12 ans.

● Nicolas Sarkozy: une baisse en trompe-l’œil

Lorsque Nicolas Sarkozy est élu en 2007, la politique en matière de fonction publique change. En cinq ans, le versant État va se voir amputé de plus de 100.000 fonctionnaires. «Si nous ne maîtrisons pas cette dépense des salaires et des pensions, on ne peut réduire l’endettement de la France», avait déclaré le candidat Sarkozy en 2007. Car selon les derniers chiffres de 2014, la masse salariale des fonctionnaires s’élevait à 278 milliards d’euros. C’est 13% du PIB.

Nicolas Sarkozy avait annoncé sa volonté de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux lors du départ à la retraite. Ainsi, en 2010, la France connaît sa première baisse du nombre de fonctionnaires (7000 postes en moins), hors contrats aidés. «Il y avait une pression plus forte sur les dépenses», affirme François Ecalle. L’année 2011 se traduira également par une baisse (13.000 postes en moins), la deuxième d’affilée et la dernière en date.

Toutefois, sur l’ensemble du quinquennat, le nombre de fonctionnaires n’a pas baissé, mais au contraire augmenté de 115.000 environ. «Nicolas Sarkozy n’a réduit que les effectifs de la fonction publique d’État, et notamment dans la Défense», rappelle François Ecalle. En effet, les effectifs dans la Défense ont été réduits de 133.000, c’est-à-dire à l’époque d’environ un tiers. Les fonctionnaires territoriaux (+160.000) et hospitaliers ont, eux, augmenté de façon plus importante sur les cinq ans.

● François Hollande: près de 60.000 postes créés dans l’Éducation nationale

En 2012, lorsque François Hollande franchit le perron de l’Élysée, la France compte près de 5,4 millions de fonctionnaires, soit 82 pour 1000 habitants, toujours un ratio en hausse. Sa promesse est alors de créer 60.000 postes dans l’Éducation Nationale. «Il a quasiment réussi», décrypte François Ecalle (+43.000 entre 2012 et 2016, chiffre encore inconnu pour 2017), qui rappelle néanmoins que l’ancien président socialiste a réduit les effectifs de quelques autres ministères. «Il a surtout baissé les dotations dans les collectivités territoriales, ce qui a donc diminué les emplois dans cette branche (depuis 2014 seulement, NDLR)», explique-t-il encore. En effet, entre 2014 et 2017, 24.000 postes dans la fonction publique territoriale ont été supprimés. C’est à peu près ce qui a été créé dans la fonction publique hospitalière sur le quinquennat. En janvier 2018, il y a donc 5.525.700 fonctionnaires, soit un peu plus de 82 pour 1000 habitants, le ralentissement de la hausse depuis 2009 se confirme.

● Emmanuel Macron: un objectif «impossible»

Il est évidemment trop tôt pour analyser les résultats de la politique d’Emmanuel Macron en la matière. «Les chiffres de 2017 sont le simple héritage de la politique Hollande», garantit François Ecalle.

Dans son programme, Emmanuel Macron dit souhaiter réduire de 120.000 le nombre de fonctionnaires avant 2022: 50.000 dans l’État, 70.000 dans les collectivités territoriales. «Du côté des collectivités, cela paraît totalement impossible», lance François Ecalle. «Elles sont indépendantes, l’unique solution est de serrer la ceinture budgétaire pour qu’elles diminuent leurs effectifs». Pour Anicet Le Pors, la suppression de ces postes semble également très compliquée à anticiper. Les échéances politiques approchant, et à l’aube d’une très attendue réforme de la fonction publique, il est sûrement trop tard pour trancher massivement dans les effectifs, estime l’ancien ministre.

Source : Le Figaro