Les cimetières de vélos chinois

Tout commence en 2013 lorsque la Chine pour tenter de remédier à la pollution des voitures, fait appel à des sociétés de vélo en libre partage, on les appelle les free-floating. Très vite, 70 entreprises répondent à l’appel et installent dans la précipitation plus de 27 millions de vélos disponibles dans les rues…

Wu Guoyong est photographe free-lance et on peut voir en ce moment à la Gare des Invalides à Paris les photos surréalistes qu’il a réalisées autour de gigantesques cimetières à vélo. 

Les Chinois plébiscitent ce nouveau service dès son arrivée dans les rues (sachant que le service est proposé à un prix imbattable) et cette innovation est même présentée par les autorités comme l’une de « ses quatre grandes nouvelles inventions » à côté des trains à grande vitesse, des paiements par téléphone portable et du commerce électronique. 

Mais rapidement cette idée lumineuse tourne au cauchemar…

Et pour quelle raison ? 

Et bien d’abord parce que ces vélos ont provoqué une vraie pagaille sur les trottoirs et sur les pistes cyclables et puis ensuite, parce que ces sociétés de free-floating, victimes de leur succès, ont totalement zappé l’entretien de leurs vélos. Or comme l’explique Olivier Mouchebœuf, de l’Union Sport et Cycle « le modèle économique du free floating repose sur un volume de courses considérables afin de compenser des marges extrêmement faibles. Ni l’entretien, ni la fin de vie des vélos ne peuvent donc être supportés financièrement par les opérateurs, qui à l’évidence n’avaient pas mesuré l’ampleur du vandalisme »

Très rapidement ce sont donc des millions de vélos abandonnés ou gênants qui sont saisis par les villes chinoises avant d’être entassés dans des cimetières improvisés. Et c’est en découvrant ces décharges monstrueuses que le photographe Wu Guoyong a eu l’idée de concevoir ses propres drones pour réaliser en 2018 une série de clichés dans 20 villes chinoises. 

Et que montrent ses photos ? 

Des champs à pertes de vue où des milliers de vélos inutilisables sont abandonnés parfois en pleine nature.  Rangés par couleur selon l’entreprise à laquelle ils appartiennent, c’est une étonnante esthétique qui se dégage avec ces deux roues qui semblent figées pour l’éternité. Ces étendues hallucinantes de vélos en fin de vie nous interpellent car elles montrent non seulement toute la fragilité du modèle économique imaginé par ces entreprises de Free-floating mais aussi un désastre moderne qui pourrait aussi nous guetter dans les villes occidentales. 

Le travail de Wu Guoyong a déjà reçu de nombreux prix et ses photos ont été très commentées sur les réseaux sociaux chinois au point que le gouvernement a commencé à prendre des mesures pour mettre fin à cette anarchie. Vous pouvez voir ces 22 clichés en ce moment sur les quais du RER C dans la Gare des Invalides à Paris. Et je recevrai Wu Guoyong demain dans la Terre au Carré. Aujourd’hui l’émission sera consacrée au nouveau rapport sur le climat du GIEC. 

Source : franceinter.fr