L’usage intensif du web nuit-il à notre cerveau?

Comme il sollicite notre mémoire d’une façon différente des livres, internet pourrait être mis à profit dans l’apprentissage. A condition de le vouloir.

Pour l’éditorialiste américain Nicholas Carr, auteur de Internet rend-il bête? (éditions Robert Laffont, 2011), pas de doute: le web a des effets pervers sur le cerveau en diminuant notre capacité de concentration et de réflexion. De leur côté, en comparant par IRM l’activité cérébrale de différentes catégories d’internautes, un psychiatre californien et son équipe ont constaté, voilà six ans, que les plus assidus sollicitaient davantage de régions cérébrales. Finalement, tout le monde est plus ou moins d’avis qu’une pratique régulière de la navigation sur internet modifie effectivement le fonctionnement du cerveau. Reste à dire si c’est en bien ou en mal.

En 2011, des psychologues de l’université Columbia ont demandé à des étudiants de lire puis de saisir sur l’ordinateur de courtes phrases, tout en avertissant la moitié d’entre eux que ces saisies seraient conservées dans la mémoire de la machine. Résultat: ceux qui pensaient que l’ordinateur se chargeait de mémoriser leurs textes avaient tendance à les oublier très vite, alors qu’ils venaient à peine de les taper. En outre, lorsqu’une information était archivée dans un dossier, ils se souvenaient bien mieux du nom du dossier que de l’information elle-même. Pour les chercheurs, cela montre comment internet, ou plus globalement l’outil informatique, agit sur notre mémoire à court terme: économe de ses efforts, notre cerveau ne stocke pas l’information, il se contente de mémoriser la manière de la retrouver.

Nouvelles compétences

Autre question beaucoup discutée: le web augmente-t-il notre aptitude à être «multitâches», comme le sont les ordinateurs capables d’effectuer différentes opérations de façon simultanée? La réponse est négative si l’on en croit une étude menée pardes psychologues américains sur 260 étudiants: ceux qui ont l’habitude de sauter d’une page à l’autre sur le web sont plus facilement distraits par des notions sans importance. La multiplication des tâches a plutôt tendance à atténuer l’efficience globale. Mais pour le neuropsychologue français Francis Eustache, la question reste néanmoins ouverte: «On peut se demander quand même si les internautes ne vont pas développer de nouvelles compétences leur permettant de rendre plus performante leur mémoire de travail dans ce type de situation.» Par exemple, la capacité à développer des stratégies rapides pour classer l’importance des informations à mémoriser. Et dans un autre registre, il semble que l’usage du web aille aussi de pair avec un meilleur sens de l’orientation, une capacité accrue à mémoriser visuellement des chemins empruntés.

Pas de garantie

Autre constat, la pratique de la lecture est bouleversée par internet. Les travaux en neurosciences montrent en effet, grâce à l’IRM, que la lecture d’une page imprimée sur du papier n’active pas les mêmes zones du cerveau qu’une page web. Dans le premier cas, elle fait appel aux aires du langage, de la mémoire et du traitement visuel. Dans l’autre, ce sont les régions liées à la prise de décision et à la résolution de problèmes qui travaillent. Alors quid des apprentissages, en particulier scolaires? Tout dépend des usages: si le temps passé à naviguer sur la Toile est consacré à des jeux, des vidéos et des forums de conversation, cela ne peut ne garantir en soi de bons résultats scolaires. S’il y a pléthore de savoirs disponibles sur le web, reste en effet à vouloir se les approprier. Et à apprendre à s’en servir à cette fin. Et sur ce point, tout le monde est d’accord: pour faire du web un outil au service de l’apprentissage, encore faudra-t-il lui donner d’abord sa place dans l’enseignement général…

Source : sante.lefigaro.fr

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