Procès Balkany : « Je suis un escroqué ! »

L’audience du jour concernait le riad de Marrakech. Patrick Balkany a continué à nier en être le propriétaire, toujours dans une ambiance de justice spectacle.

Si le procès Balkany est un jour adapté au cinéma, le titre devrait être « Parole contre parole ». On avait déjà eu droit aux épisodes « Patrick Balkany contre le fisc » ou encore « Patrick Balkany contre Didier Schuller », on a assisté ce mercredi 29 mai à « Patrick Balkany contre Mohamed Al Jaber ». Avec toujours pour décor la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

A chaque journée de ce procès-fleuve, débuté il y a trois semaines et prévu pour durer jusqu’au 20 juin, ses dénégations, contradictions et autres contestations. Intrigue du jour : qui est le propriétaire du splendide riad Dar Gyucy à Marrakech ? Premier indice : son nom proviendrait de la contraction des prénoms des deux premiers petits-enfants des époux Balkany, Gyula et Lucie.

Dans son propos liminaire, le président du tribunal rappelle quelques autres éléments issus du très lourd dossier d’instruction : Patrick Balkany l’aurait visité dix mois avant l’acquisition selon un témoin ; son épouse Isabelle aurait acheté sur place du linge de maison et du mobilier de jardin selon des commerçants ; on aurait retrouvé sur place des peignoirs brodés à leurs initiales et des livres qui leur étaient dédicacés selon les enquêteurs.

Tout semble faire du maire et de la première adjointe de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) les heureux propriétaires de la somptueuse demeure. Mais le couple nie. Et pour cause, elle n’a jamais été déclarée au fisc. Elle est même très bien planquée, dans un entrelacs de sociétés et de comptes offshore. Seule certitude : quand on tire la pelote de laine, l’ayant droit économique apparaît être Jean-Pierre Aubry, bras droit de toujours de Patrick Balkany à Levallois, qui y a tour à tour dirigé l’immobilier, le cabinet, les sports…

« Allégations 100 % fausses »

A la barre, l’imposante carrure d’ancien basketteur professionnel de Jean-Pierre Aubry plie mais ne rompt pas. Oui, il a « signé un certain nombre de documents ». Oui, il est allé « plusieurs fois à Marrakech ». Oui, il s’est rendu « à deux reprises à Genève », entre 2008 et 2010, dans les locaux de la fiduciaire suisse à l’origine du montage. Mais non, il n’en est pas le propriétaire, pas plus que les époux Balkany. Il aurait agi pour le compte d’un certain Mohamed Al Jaber.

Al Jaber ? Le nom de ce magnat saoudien de l’immobilier, prétendument multimilliardaire, a fait irruption à Levallois un jour de 2008. C’est lui qui devait ériger deux tours gigantesques dans la ville, qui ne sortiront finalement jamais de terre. Mais aux dires d’Aubry, ils sont rapidement devenus « amis », à la faveur de longues discussions « dans un cadre professionnel et un cadre personnel », d’une cinquantaine de réunions, déjeuners, dîners…

Le fiasco entraînera des pertes financières pour beaucoup de monde, et les contribuables en premier lieu. Mais pas pour tout le monde. Selon les juges d’instruction, un versement de 2,75 millions d’euros aurait servi à l’achat du fameux riad. Un dessous-de-table ? Le volet corruption de cette affaire ne sera jugé que la semaine prochaine par le tribunal. L’heure est à l’établissement du titre de propriété.

L’heure est aussi à l’arrivée à la barre d’une autre silhouette hors norme, celle d’Al Jaber, presque aussi petite que large. Lequel va enfoncer la défense commune de Patrick Balkany et Jean-Pierre Aubry par plusieurs déclarations ciselées, en anglais dans le texte mais aidé d’un traducteur :

« Les allégations portées contre moi sont 100 % fausses. […] En tout, j’ai dû voir trois ou quatre fois M. Balkany et M. Aubry pour des rendez-vous toujours très courts, notamment à cause de la barrière de la langue. […] J’ai huit propriétés dans le monde, dont trois à Paris, et elles sont toutes à mon nom. […] J’ai 160 sociétés dans le monde et elles sont aussi toutes à mon nom. […] Cela fait 21 ans que je ne suis pas allé au Maroc. […] Rien n’a de sens ! »

« Il y a un menteur parmi vous… »

La perplexité du président du tribunal est totale quand Patrick Balkany tonne : « Je voudrais aller à la barre, s’il vous plaît ! » Et de se lever, rouge pivoine de colère :

« La dernière fois que M. Al Jaber a fait un chèque de 4 millions d’euros à la ville, il a été refusé par sa banque. Il a été condamné à payer 20 millions d’euros au titre de dommages et intérêts à Levallois et il ne l’a jamais fait. Pouvez-vous, M. le président, lui demander de revenir à la barre pour faire un chèque ? »

En allant se rasseoir, le même Balkany lance à Maître Témime, l’avocat d’Al Jaber : « C’est un escroc que vous défendez ! » Et l’avocat de rétorquer : « Et vous, vous êtes quoi ? » Balkany lâche : « Je suis un escroqué ! »

Après avoir vérifié que Jean-Pierre Aubry maintenait bien ses allégations suite à l’interrogatoire de l’homme d’affaires saoudien, le président du tribunal ne peut que déplorer : « Il y a un menteur parmi vous… » Suite au prochain épisode, lundi.

Source : nouvelobs.com