En Turquie, on brûle bien les livres

La liberté d’expression en Turquie ressemble à un vœu pieux : le ministre de l’Éducation, Ziya Selçuk, vient de confirmer la destruction de 301.878 ouvrages depuis la tentative de coup d’État de juillet 2016. Une répression de masse, qui a touché les écoles et les bibliothèques, entraînant la disparition de ces ressources.

En Turquie, on brûle bien les livres

Tout ouvrage ayant trait à Fethullah Gülen, intellectuel musulman, en exil aux États-Unis depuis 1999 a été ciblé, apprend-on. L’homme est accusé par le gouvernement turc d’être à l’origine du soulèvement militaire — ce qu’il a lui-même nié. Mais il n’est pas le seul concerné, hélas.

De fait, tout ouvrage peu ou prou en lien avec le mouvement Gülen, appelé FETÖ, s’est retrouvé pris dans cette purge. Comme l’explique le ministre, dans le cadre des mesures prises après le putsch, les établissements ont reçu ordre de se débarrasser de tout volume. 
 

Une purge nationale revendiquée

En décembre 2016, une première salve de manuels scolaires avait déjà été détruite : 1,8 million d’exemplaires qui contenaient le terme “Pennsylvanie” — qualifié « d’inacceptable » —, simplement parce que c’est l’État où réside actuellement Gülen. La même année, un ouvrage de mathématiques, qui contenait ses initiales, avait subi le même sort. Une traque sans relâche, aux confins de la bêtise… On avait même vu des rues d’Ankara, nommées Gülen, qui furent rebaptisées, alors qu’elles n’avaient aucun lien avec l’intellectuel.
 
La Turquie fait disparaître des bibliothèques scolaires

Les manuels scolaires accusés de propagande auront coûté cher à la Turquie, avec pour conséquence de fournir une trésorerie inattendue aux éditeurs privés qui les avaient fait paraître. En effet, achetés une première fois, puis détruits, les manuels avaient été recommandés, avec les corrections exigées. Résultat : des millions de livres turques de gagnées pour les maisons. Une paranoïa qui se facture lourdement… 

Rappelons que depuis le coup d’État, 200 médias et éditeurs ont dû fermer, et près de 80 écrivains ont été poursuivis, ou ont fait l’objet d’une enquête. Selon le PEN international, on assiste « à une crise de la liberté d’expression dans le pays ».
 

Éradiquer toute menace, même fictive

Et de souligner : « En trois ans à peine, le paysage éditorial turc a été quasiment décimé, avec la fermeture de 29 maisons d’édition par décret d’urgence, sous le prétexte d’une diffusion de propagande terroriste. »

Les nouvelles fournies par le ministre de l’Éducation ne font que confirmer la tendance frénétique au contrôle et la poursuite de cette chasse aux sorcières. « Nous appelons les autorités turques à autoriser la réouverture et le fonctionnement en toute indépendance des maisons d’édition. Et à mettre un terme, de toute urgence à leur répression de grande ampleur contre la liberté d’expression qui se poursuit sans relâche », conclut le PEN. 
 
La Turquie d’Erdogan proche de l’Allemagne nazie

Pour le ministre, la chose est cependant limpide : « Les journaux et magazines qui appartiennent ou sont affiliés [au mouvement Gülen], ou en contact, ainsi que leurs canaux de publication et de distribution ont été fermés. » Livres, CD, journaux, magasines, maison d’édition et autres sont clairement concernés.

Les gouvernorats de la Turquie ont tous reçu le même message : supprimer et détruire toute ressource imprimée ou numérique des écoles et des bibliothèques. 

via Hürriyet, Krnonos, Guardian

Source : actualitte.com